Souvenirs ensoleillés de Sarajevo : viens donc à Mediterano caffe

Mes poussins, ce soir j’aimerais vous parler de ce lieu qui fut presque ma deuxième maison pendant un peu plus d’un mois. C’est peut-être parce que j’ai eu envie d’écouter cette chanson de Miladze qui pour moi symbolise les heures passées sur les canapés à motifs à siroter un thé, manger un couscous, écouter les histoires d’Oncle Fawzi et rire des choses qui passent.

Quelque part dans une des rues de la  Čarsija, le bazar de Sarajevo, se trouvait un petit café appelé Mediterano, tenu par « Oncle Fawzi » le surnom qu’on donnait à son propriétaire Algérien/Russe/Français (en comptant ses nationalités de cœur.) « Cesse de m’appeler oncle tu veux pas m’appeler grand père tant que tu y es non mais merde !! » disait il d’ailleurs à ce propos. J’y étais venu au début de l’été pour la première fois alors qu’une amie m’avait dit « VIENS ON VA BOIRE UN THÉ ALGÉRIEN C’EST COMME AU MAROC VIENS ». Et puis nous voilàmes alors à siroter le seul thé vert menthe de Sarajevo en terrasse et écouter les histoires de son propriétaire. Et puis j’y suis revenue, et puis on est devenus amis. Lui s’ennuyant, perdant de l’énergie dans la bureaucratie bosnienne quotidienne, et moi, travaillant depuis la bibliothèque à 100 mètres et ayant besoin de me ressourcer. Entre les moments où j’écrivais mon mémoire et ceux où je m’en plaignais sur twitter, j’allais boire un café ou manger à Mediterano. Je prenais la rue Ferhadija entre la bibliothèque et le café en m’agaçant du monde sur cette rue et de la lenteur des gens. Sur le chemin, j’achetais quelques tomates au petit magasin ou des pitas fraîches, qu’on mangeait alors ensemble les midis. Et il me racontait ses histoires, et je l’écoutais, reprenant petit à petit vie après des heures à plancher sur le mémoire.

Souvenir de soupe

Fawzi aimait bien cuisiner et de temps en temps on se réunissait tous autour d’un bon plat (quitte à faire brûler le four une fois, oulala que d’émotion. « Tu stresses pour rien !! » me disait il alors les mains noires de suie après avoir éteint les flammes. On a failli tous crever mais pas grave je ne t’en veux pas va). Un bon plat suivi de l’éternel « Une petite vodka? ». « Non? Même pas une petite bière ? Alleeeeeez c’est moi qui offre !! ».  Après un ou deux petits verres, en bonne compagnie, Fawzi reprenait des couleurs, reprenait vie à son tour.

Sarajevo compte un certain nombre de touristes du golfe, qui étaient une clientèle privilégiée de ce café. « Je les hais. » me disais Fawzi. « Ces barbus. Ils passent, et ils jugent. Et alors le top du top c’est les Saoudiens. non mais regardez moi je suis le roi du pétrole je viens d’Arabie Saoudite je te prends pour de la merde et je te juge!! » (« C’est raciste de penser comme ça » ajoutait alors H., son ami du Bahreïn. « Moi je hais tous les arabes, tous. Pas certains plus que d’autres. Ça ne se fait pas. » Ah certes…) « Mais bon, ils sont riches, donc autant en profiter » ajoutait Fawzi avant d’aller accueillir et installer tout sourire une famille du Moyen-Orient.

Souvenir de thé

Une fois une voisine prenait son café, une fleuriste, toute mimi. Je la rencontre, on parle un peu. Fawzi parle russe, la langue ressemble au Bosnien donc il arrive à se faire comprendre la plupart du temps. Il finit par proposer une bière à la demoiselle. « Non merci je dois de toute façon y aller, c’est l’heure de la prière à la mosquée » répond elle. « Bo prends une ptite bière puis va à la mosquée » répond-il en rigolant. « ha ha ha heu non merci » et elle part. Elle ne reviendra jamais. Dommage, elle était sympa.

Je me souviens rencontrer un mec de même pas 20 ans qui avait passé tout l’été à vendre des trucs sur la rue principale de Sarajevo et se faire plein d’argent, me racontait-il en se ventant. « Un petit con, un voyou!! » ajoutait Fawzi en français, « je lui sers son café mais j’en ai entendu de belles sur lui!! » Certes, mais un des rares Bosnien que je n’ai pas entendu se plaindre de sa pauvreté sans essayer d’y remédier.

Mais la plupart du temps, le café était vide. Et Fawzi restait à ruminer sa tristesse grandissante d’être loin de sa famille, et son amertume envers le traitement que lui réservent les Bosniens. « Ils voient que je suis arabe. Et dans la tête des bosniaques, arabe = moyen orient = riche = porte monnaie sur pattes. Ils ne font pas la différence. » On s’engueulait sur ça. Je défendais les bosniens, il les critiquait. « On ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac » je disais, « ce sont tous des opportunistes » me répondait-il. Après coup, je pense tristement que la perception qu’on peut avoir de Sarajevo dépend beaucoup de notre couleur de peau. Et je pense qu’être arabe à Sarajevo montre un aspect de la ville et des gens autrement moins respectable.

Et puis Fawzi est reparti. Mediterano a fermé. Onc’Fawzi je te souhaite bon vent et de belles aventures. En ce qui me concerne, après plusieurs mois je continue à rager sur mon mémoire à la bibliothèque, je continue à boire des cafés dans le centre de la ville, et parfois je retombe sur cette musique de Miladze et je me souviens alors nostalgiquement de ces temps colorés.

Avec amour,

Agathe

2 réflexions sur “Souvenirs ensoleillés de Sarajevo : viens donc à Mediterano caffe

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