Aventures en Biélorussie, chroniques d’une légère nostalgie.

Agathe a passé 6 semaines en Biélorussie et a laissé un petit bout de sa vie dans les rue de Minsk, Brest et Vityebsk. En voici un texte teinté d’une légère nostalgie pour ce pays là bas.

ornements3

On arrive un matin de juillet aux aurores la tête enfarinée après un long voyage en train, un peu perdue dans une grande gare et un nouveau monde qu’on constate qu’il faut déjà en repartir,
On pose à peine ses valises dans sa nouvelle chambre qu’on dit déjà adieu à ceux qui furent ses compagnons de route pour ces quelques temps,
Et puis on repart, et c’est presque comme si rien n’avait existé.
Il reste alors des souvenirs, qui sait s’ils sont bien réels, qui peut en témoigner ?

Et puis on commence à oublier.

J’oublierai ce que c’était que me lever le matin dans cette petite chambre du 6e étage, mes cochambrières encore endormies à quelques mètres de moi, en petit déjeunant en silence pour ne pas les réveiller.
J’oublierai la sensation que j’avais en sortant de cette résidence étudiante le matin sous le ciel de Minsk à côté de la rivière. Le calme qui régnait, les arbres autour avec leurs chaussettes blanches, le stade Dinamo en travaux à ma gauche et ma grande rue vide devant moi.

J’oublierai ma fac, à côté de la magnifique académie des sciences, le vendeur de kvas dans sa rue, l’immense drapeau dans son hall, les machines à café sur la gauche qui ne marchaient pas, l’ascenseur que je prenais jusqu’au 11e étage pour aller dans ma salle de cours. J’oublierai la voix de ma prof, son regard bleu-glace Biélorusse, notre livre avec Poutine en première page, le parquet un peu défoncé de la salle de cours et le poids de la bureaucratie locale.

J’oublierai l’odeur du métro de Minsk, les portes de 90kg à pousser pour entrer dans ses couloirs, les gens à képi qui surveillent l’entrée, et ces grands trains qui passaient si régulièrement. La voix du métro. J’oublierai même la voix du métro, alors que c’est de loin ma voix préférée de métro du monde. « Vyyyyhad na praaaavi bok »…

J’oublierai la sorte de cantine dans laquelle on mangeait le midi, les verres de kompot, les sortes de côtelettes au fromage ou borch à la crème, les dames qui nous servaient et les militaires avec leur air d’ado de 14 ans qui mangeaient là aussi leur képi posé qui entraient et sortaient en rang.

J’oublierai le calme des rues de Minsk, la propreté des routes, des façades, des gens, de tout.

J’oublierai l’immense place Lénine avec son église rouge, l’immense boulevard de l’indépendance qui traversait la ville, les magasins d’État GUM et TsUM, les habits Biélorusses qu’on pouvait y trouver, les immenses bars d’État vides dans lequel je prenais des cafés en attendant que la pluie quotidienne passe, le resto d’État à côté de chez moi qui s’appellait Я ж тебе говорил dont le boulot d’un des employés consistait à ouvrir une porte, l’odeur de l’usine de bières de ma rue, à côté DU joli graffiti devant lequel tout le monde se prenait en photo.

J’oublierai le sentiment indescriptible que j’avais en me promenant dans le centre touristique de Minsk, tout beau, tout propre, mais sans gens, sans vie.

J’oublierai les heures passées à errer dans les rues de cette ville pour voir un peu comment c’est au delà du centre, les devantures, les immeubles, le design des poteaux, des poubelles, des noms des rues, des arrêts de bus, tout ce qui contribue finalement à l’identité du lieu.

J’oublierai même la dame à la frange noire de ma résidence qui me faisait toujours un sourire quand je passais. La dame du petit magasin d’à côté qui me racontait quelques trucs, des fois. L’autre dame du magasin d’à côté qui grondait un groupe de mecs pétés. La serveuse qui ressemblait à une actrice dans un des bar d’État du boulevard de l’indépendance. Globalement toutes ces femmes, partout, qui travaillent et dégagent une force assez extraordinaire. Un jour j’écrirai un article sur la force tranquille des femmes de l’Est, peut être.

J’oublierai sans trop de regret mes deux cochambrières Biélorusses avec qui je ne m’entendais pas trop, leurs discussions sans intérêt, leurs voix suraigüe, leurs rires. Mais j’oublierai aussi mes deux autres colocs asiatiques absolument charmantes qui me manquent quand même un peu aujourd’hui.

Et leurs trains, arriverai-je à les oublier ? Ces grands serpents bleus qui traversent modestement des milliers de kilomètres… Avec leurs dentelles sur les fenêtres, un peu de musique, et dans lesquels on peut faire une sieste sur un vrai lit, ou boire du thé à 30ct… A t-on perdu en France toute poésie de voyager ?

J’oublierai cette sensation globale d’être déconnectée du vrai monde et de ses crises. Dans un climat médiatique dans lequel des gens sourient à chaque page dans les journaux, peut-on vraiment oublier qu’au delà de ses frontières, d’autres réalités existent?

C’était reposant… Mais un peu étrange.

Une bulle de paix dans un monde qui brûle, un décor de théâtre qui tient encore en ne s’effritant pas trop vite, voilà l’impression globale de qui me restera de cette courte expérience Biélorusse. Si ce pays était une personne, pour moi ça serait une nana timide, qui parle peu d’elle, qu’on voit peu, qui globalement n’est pas passionnante mais dont on est tout de même curieux de savoir ce qu’elle pense vraiment.

Alors avant d’oublier, je voulais partager ces quelques souvenirs et ressentis. Aujourd’hui j’en suis partie et je ne sais pas si j’y retournerai un jour. Ce que je sais c’est qu’à ce moment de ma vie, me balader dans ce décor aura été une expérience assez importante pour moi.

Avec amour,

Agathe

ornements3

Ps : Quelques photos 🙂

Le cirque national, et une pub devant, un jour de ciel gris (Minsk)

Le cirque national, et une pub devant, un jour de ciel gris (Minsk)

Une des églises de нямiга/немига,/Nyemiga/ Nyebiga, le centre mignon de Minsk.

Une des églises de нямiга/немига,/Nyemiga, le centre mignon de Minsk.

Dans le train :-)

Dans le train 🙂

Un train qui fait Minsk-Murmansk... Rêvons un peu

Le Minsk-Murmansk… Rêvons un peu

Un bus à Vityebsk

Un bus à Vityebsk

 

Un concert de chansons traditionnelles dans la gare de Vityebsk qui m'a valu de me renverser mon thé dessus de surprise #chaud

Un concert de chansons traditionnelles dans la gare de Vityebsk qui m’a valu de me renverser mon thé dessus de surprise #burnt

Une pub pour les élections

Une pub pour les élections

Une trop belle église en bois. (Minsk)

Une trop belle église en bois. (Minsk)

A côté de la trop belle église en bois, une trop belle église, pas en bois. (Minsk)

A côté de la trop belle église en bois, une trop belle église, pas en bois. (Minsk)

 

Ma salle de classe sous un air sombre

Ma salle de classe sous un air sombre

un bout du TSUM, un des centres commerciaux d'Etat (Minsk)

un bout du TSUM, un des centres commerciaux d’Etat (Minsk)

Des jeux pour enfants, quelquepart à Minsk

Des jeux pour enfants, quelquepart à Minsk

/!\ SCOOP /!\ UN TRUC UN PEU CRADE A MINSK !!

/!\ SCOOP /!\ UN TRUC UN PEU CRADE A MINSK !!

Et pour la route le théatre Moskva :-) (Minsk)

Et pour la route le théâtre Moskva 🙂 (Minsk)

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3 réflexions sur “Aventures en Biélorussie, chroniques d’une légère nostalgie.

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